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2ème prix
Plume d'Argent
Elise A. 3C |
| Le
mardi 8 mars, toutes les troisième du Collège Les Prés partirent dès
l'aube pour Caen. Après un voyage en car mouvementé par nos hauts le cœur
et nos retournements d'estomac, j'entrai enfin au Mémorial. |
| C'est
un magnifique bâtiment, nous écoutions attentivement les consignes des
professeurs puis comme dans une fourmilière nous commencions notre
descente aux enfers. En effet le musée descend peu à peu dans les
entrailles de la terre. Chaque pas est un pas vers l'obscurité.
L'endroit se resserre de plus en plus, je commençais à étouffer, dans
mes oreilles résonnaient les pas d'Hitler. J'exagère peut-être, mais
quand on arrive dans une pièce éclairée simplement par des bougies
symbolisant, à mon sens, toutes, enfin du moins une partie, les
victimes de la solution finale, notre gorge se serre, notre ventre se
noue, une tristesse se peint sur notre visage... J'écoute les paroles
de mon professeur d'histoire qui profite de l'occasion pour nous faire
un cours plus complet. Enfin, à mon plus grand bonheur, après une
matinée chargée d'émotion, nous retournâmes dans le car pour le
cimetière américain et la plage d'Omaha Beach, là où il y a eu la
plus sanglante bataille du débarquement. |
| Le
cimetière, cette vaste étendue d'herbe verte recouverte entièrement
de croix blanches. Le bruit y est mort, le silence y est roi. Toutes ces
croix me donnent le tournis, je ne peux m'empêcher de penser à mon
arrière grand-père qui a laissé sa vie ici sur cette terre
meurtrière. Je revois son portrait qui trône sur la cheminée, on lui
doit bien cet honneur. Je sens une vague et forte émotion m'envahir, je
préfère m'isoler, pour me recueillir. |
| Je
descends sur la plage, le bruit des vagues berce mes sombres pensées,
le vent les brouille, ma guerre spirituelle est terminée. |
Je
me rends compte d'une présence. A quelques mètres de moi, assis sur un
bout de bois, un vieil homme pleure :
"Excusez-moi, dis-je en m'approchant, vous avez besoin d'aide ?
- Non merci jeune fille, je me recueille ici tous les ans, répondit le
vieil homme en regardant la mer.
- Vous avez perdu de la famille lors du débarquement ? demandai-je
après un silence pesant.
- J'y ai perdu plus que ça ! Ma famille, mes amis, ma vie..."
Il avait dit tout cela d'une traite, laissant sans retenue couler ses
larmes, explosant au début, murmurant à la fin. Puis il reprit
calmement :
"Je suis un ancien combattant, j'ai vu le débarquement, mes amis
tomber. C'était la loi de la jungle, ici il n'y a pas de courage, il
n'y a que des meurtriers." |
Ce
dernier mot fit comme l'effet de l'eau trop chauffante dans la bassine
faisant exploser le couvercle. Je m'exclamai :
"Des meurtriers ! je ne suis pas de cet avis, je vois plutôt des
héros qui combattent pour l'honneur, pour défendre un pays, notre pays
!
- Certes, mais quand on ne connaît pas ce sentiment de dégoût quand
on arrache la vie à un être qui ne sait sûrement pas pourquoi il est
là, on ne voit pas les choses de la même façon." |
| Ce
fut lui qui eut le dernier mot, je devais retourner au car. Je dis
poliment au revoir. |
| Pendant
le chemin du retour, je ruminais les paroles du vieillard, je ne voulais
pas croire qu'ils étaient en un sens des meurtriers. Malgré ce
ruminement spirituel, je sentis quand même le mal des transports...
j'avais pas vraiment besoin de ce poids-là ! |
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