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1er prix
Plume d'Or
Audrey P. 3E |
| 7h00.
Il fait encore nuit. Tant pis, je dormirai dans le car. Aujourd'hui, on
va visiter le Mémorial de Caen. J'en ai déjà entendu parler. Visite
magique, visite tragique. Je suis impatiente d'y être, de connaître
les détails de cette guerre passés sous silence. De connaître, de
voir, de sentir et presque toucher ce monde dévasté, déchiré dans
lequel a grandi mon grand-père, dans lequel il est mort aussi. De
savoir, de comprendre pourquoi il est mort. |
| Nous
arrivons. Il y a déjà beaucoup d'autres cars scolaires. A notre droite
se dresse l'imposant bâtiment, l'imposant souvenir sur lequel est
gravé une phrase unique, éternelle, immolée. "La douleur m'a
brisé, la fraternité m'a relevé. De ma blessure a jailli un flot de
liberté". Message vibrant, message foudroyant. Nous entrons. Le
Mémorial est divisé en quatre secteurs, retraçant l'histoire de cette
guerre avant même son commencement. |
| Le
premier est en spirale, s'enfonçant et se repliant sur lui-même comme
un animal agonisant. Comme un monde mourant. Il y fait sombre, l'espace
manque. Avènement d'Hitler. |
| Le
second secteur est un étroit tunnel, il est carré, s'enfonçant un peu
plus dans les profondeurs, d'où émerge le "patriotisme
français". Domination allemande. |
| Troisième
secteur. Des petites flammes de vie, des visages qui s'effacent dans
l'ombre. Je m'arrête. Je sais maintenant. Le génocide. Horreur des
horreurs. La folie et la rage d'Hitler. |
| Puis
nous nous rendons dans une petite salle de cinéma. Un film nous est
visionné. Côté Américain, côté Allemand. Aucun n'est meilleur ou
pire. Avions qui passent dans un hurlement. Soldats courant au devant de
la mort. Flotte navale chargeant sur l'horizon longiligne. Obus tombant
du ciel. Cris. Des hommes désespérés. D'autres victorieux. |
| L'air
frais me fait du bien. Nous ressortons. Direction le cimetière où sont
enterrés plus de neuf mille soldats, morts sur cette place d'Omaha. Des
soldats américains morts pour la France. Ironie du sort, comme on dit.
Je passe entre les croix blanches, certaines décorées, d'autres
oubliées. Elle est là. Anonyme au milieu de toutes les autres et
pourtant je ne regarde qu'elle. Grand-père. Je murmure merci et je
m'enfuis. Je descends sur la plage et je marche longtemps, jusqu'à la
marée qui est basse. Les yeux dans le vague, je réfléchis. Je
perçois vaguement une autre présence. Un homme âgé, le visage
baigné de larmes dans la pénombre crépusculaire. Il lui manque une
jambe, coupée au niveau du genou. Ses yeux croisent les miens. Alors
j'ose. |
"Vous
avez débarqué, n'est-ce pas ?"
Il me dévisage un moment. Un bref signe de tête.
"Ici même, sur cette plage."
Je le dévisage à mon tour. Douleur. Regrets. Je me tais et j'attends.
Il se décide enfin.
"Et toi, que fais-tu ici ? me demande-t-il un peu brusquement.
- On pourrait appeler ça un pèlerinage. Je rends visite à mon
grand-père, cet inconnu. Et j'apprends. J'apprends l'horreur.
Il acquiesce de nouveau.
- Tu es un peu jeune pour découvrir tout ça.
Je fixe son vieux visage ravagé, droit dans les yeux.
- Le croyez-vous vraiment ?"
Il me regarde étonné. Il n'y a plus rien à dire. Nous remontons
ensemble jusqu'au surplomb qui domine toute l'étendue de sable. Je me
retourne, une dernière fois. Et je les vois. Avions qui passent dans un
hurlement. Soldats courants au devant de la mort. Flotte navale
chargeant sur l'horizon longiligne. Obus tombant du ciel. Cris. Des
hommes, désespérés. D'autres victorieux. |
La
douleur m'a brisée. La fraternité m'a relevé. De ma blessure a jailli
un flot de liberté
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