Collège Les Prés
9 rue des Blés d'Or
78180 Montigny-le-Bretonneux

Directeur de publication :
Alain OUVRARD (Principal)

Webmaster :
Cécile Marchal (Documentaliste)

Pour contacter le CDI du collège :
collegelespres@yahoo.fr

    

1er prix
Plume d'Or
Audrey P. 3E

7h00. Il fait encore nuit. Tant pis, je dormirai dans le car. Aujourd'hui, on va visiter le Mémorial de Caen. J'en ai déjà entendu parler. Visite magique, visite tragique. Je suis impatiente d'y être, de connaître les détails de cette guerre passés sous silence. De connaître, de voir, de sentir et presque toucher ce monde dévasté, déchiré dans lequel a grandi mon grand-père, dans lequel il est mort aussi. De savoir, de comprendre pourquoi il est mort.
Nous arrivons. Il y a déjà beaucoup d'autres cars scolaires. A notre droite se dresse l'imposant bâtiment, l'imposant souvenir sur lequel est gravé une phrase unique, éternelle, immolée. "La douleur m'a brisé, la fraternité m'a relevé. De ma blessure a jailli un flot de liberté". Message vibrant, message foudroyant. Nous entrons. Le Mémorial est divisé en quatre secteurs, retraçant l'histoire de cette guerre avant même son commencement. 
Le premier est en spirale, s'enfonçant et se repliant sur lui-même comme un animal agonisant. Comme un monde mourant. Il y fait sombre, l'espace manque. Avènement d'Hitler. 
Le second secteur est un étroit tunnel, il est carré, s'enfonçant un peu plus dans les profondeurs, d'où émerge le "patriotisme français". Domination allemande. 
Troisième secteur. Des petites flammes de vie, des visages qui s'effacent dans l'ombre. Je m'arrête. Je sais maintenant. Le génocide. Horreur des horreurs. La folie et la rage d'Hitler. 
Puis nous nous rendons dans une petite salle de cinéma. Un film nous est visionné. Côté Américain, côté Allemand. Aucun n'est meilleur ou pire. Avions qui passent dans un hurlement. Soldats courant au devant de la mort. Flotte navale chargeant sur l'horizon longiligne. Obus tombant du ciel. Cris. Des hommes désespérés. D'autres victorieux. 
L'air frais me fait du bien. Nous ressortons. Direction le cimetière où sont enterrés plus de neuf mille soldats, morts sur cette place d'Omaha. Des soldats américains morts pour la France. Ironie du sort, comme on dit. Je passe entre les croix blanches, certaines décorées, d'autres oubliées. Elle est là. Anonyme au milieu de toutes les autres et pourtant je ne regarde qu'elle. Grand-père. Je murmure merci et je m'enfuis. Je descends sur la plage et je marche longtemps, jusqu'à la marée qui est basse. Les yeux dans le vague, je réfléchis. Je perçois vaguement une autre présence. Un homme âgé, le visage baigné de larmes dans la pénombre crépusculaire. Il lui manque une jambe, coupée au niveau du genou. Ses yeux croisent les miens. Alors j'ose. 
"Vous avez débarqué, n'est-ce pas ?"
Il me dévisage un moment. Un bref signe de tête.
"Ici même, sur cette plage."
Je le dévisage à mon tour. Douleur. Regrets. Je me tais et j'attends.
Il se décide enfin.
"Et toi, que fais-tu ici ? me demande-t-il un peu brusquement.
- On pourrait appeler ça un pèlerinage. Je rends visite à mon grand-père, cet inconnu. Et j'apprends. J'apprends l'horreur.
Il acquiesce de nouveau.
- Tu es un peu jeune pour découvrir tout ça.
Je fixe son vieux visage ravagé, droit dans les yeux.
- Le croyez-vous vraiment ?"
Il me regarde étonné. Il n'y a plus rien à dire. Nous remontons ensemble jusqu'au surplomb qui domine toute l'étendue de sable. Je me retourne, une dernière fois. Et je les vois. Avions qui passent dans un hurlement. Soldats courants au devant de la mort. Flotte navale chargeant sur l'horizon longiligne. Obus tombant du ciel. Cris. Des hommes, désespérés. D'autres victorieux.
La douleur m'a brisée. La fraternité m'a relevé. De ma blessure a jailli un flot de liberté
...